Des enjeux de la congruence - Le sourire: le cultiver pour le transmettre

30 Novembre 2014.
Les études de naturopathie que je fais en ce moment incluent quelques journées de cours de psychologie. Cette année, notre formatrice en psycho (Caroline Obled) nous a demander de rendre un travail sur le thème des enjeux de la congruence dans la pratique du naturopathe. Mes réflexions m'ont amenées à avoir envie de parler du sourire:


Des enjeux de la congruence dans la pratique du naturopathe
Le sourire: le cultiver pour le transmettre


En matière de sourire, nous ne sommes pas tous égaux. Certains sont d'une nature expansive, extravertie, pétillante..., et le sourire leur vient ou leur revient facilement. On les entendra rire de loin et plus souvent que la moyenne. C'est ce qui semble être le cas de Cristina Cordula, qui a inspiré le thème de ce travail. Cristina Cordula est d'origine brésilienne, ancien mannequin devenue coach en relooking et désormais animatrice de l'émission "Les reines du shopping" sur M6. Elle a aussi animé "Un nouveau look pour une nouvelle vie", toujours disponible sur le site de M6 Replay. Cristina, c'est un peu le soleil brésilien et la samba personnifiés.
D'autres personnes ont un tempérament moins tonitruant, plus modéré, d'autres encore sont franchement introvertis, discrets, silencieux... Et ces derniers, dont je suis, auront à faire un certain travail sur eux afin que leur soleil et leur musique intérieurs puissent percer à la surface de leur être et rayonner.
C'est en regardant « Les Reines du Shopping » et « Un nouveau look pour une nouvelle vie » que me sont venues ces réflexions et ces questions : le sourire, c'est bien beau mais jusqu'où ? Et comment ? Comment l'amadouer ? A quoi sert-il ?...
Bref, réflexion autour de « pourquoi comment » le sourire !

La joie de vivre, c'est physiologique!
Le sourire, le rire, l'humour, la joie de vivre peuvent être une question de tempérament, d'environnement, de circonstances, de condition de vie, voir de culture et bien sûr, également, de santé. Mais certains malades gardent le moral en dépit de leur état, et d'autre dépriment alors que leur corps semble se porter relativement correctement.
Ce moral, la résistance au stress, la capacité à rebondir après une épreuve pourront être soutenu et améliorés par un suivi psychologique, le « développement personnel », l'activité physique, l'oxygénation, et aussi par l'alimentation.
Quand le moral rame, quand la tristesse et la mélancolie s'installent de façon chronique en dépit de tout, une alimentation « hypotoxique » pourra tout particulièrement avoir des effets surprenants. C'est le principe du « régime » Seignalet (voir « L'alimentation ou la troisième médecine », du Dr Jean Seignalet) et c'est en arrêtant de consommer du blé que j'ai pu constater la réalité de l'influence qu'un aliment peut avoir sur l'humeur et le comportement1. Quelques mois après avoir arrêté le gluten, moi l'éternelle mélancolique, je découvrais la joie de vivre et l'étrange faculté de pouvoir rire spontanément même pour des broutilles, sans plus me soucier de mon sourire qui m'avait pourtant toujours énormément complexée jusque là.
Mettre en pratique ce que nous préconisons en tant que naturopathe nous permet d'incarner le conseil même que nos donnons, d'en être une illustration vivante... et joyeuse.

La gymnastique du sourire lorsqu'on a un petit déficit d'expression faciale.
L'autisme est un trouble neurodéveloppemental qui peut prendre diverses formes, plus ou moins sévères, c'est le cas de le dire, car les autistes ont souvent un déficit d'expression faciale qui peut rendre leur visage particulièrement figé. Les connexions nerveuses ne se font pas « bien » partout et quand elles se font cela peut être d'une façon totalement atypique: les émotions peinent à transparaître, non par retenue volontaire mais difficultés « neurologiques » à les percevoir, les interpréter et les verbaliser, le fonctionnement de l'appareil phonatoire peut-être perturbé, l'élocution problématique, la voix peut être trop ou pas assez forte, il peut y avoir des problèmes de coordination, de proprioception...
Mais l'autisme n'est pas seulement celui de l'autiste typique, peu ou pas verbal, qui fait du flapping et de l'écholalie et qu'on repère en un clin d’œil. Il y a aussi des formes d'autisme plus « légères », comme la version « Hermione Granger »2, pipelette « HQI » à la mémoire phénoménale, aux intérêts restreints « particuliers » (particulièrement « scientifique », par exemple) qui ne peut s'empêcher de ramener tout le temps sa science ou aussi la version « nana trop discrète qui ne dit jamais rien mais très à l'aise à l'écrit ».
Quand j'ai découvert tout ça il y a deux ans, j'ai enfin compris pourquoi on me demandait souvent « Ca va? » alors que j'étais juste plongée dans mes pensées ou en train d'écouter une conversation très attentivement... Ou bien pourquoi on me disait que je refroidissait tout le monde3.
J'avais déjà commencé à prendre conscience qu'il me fallait « forcer » mon sourire pour qu'il apparaisse franchement, qu'il me fallait même sourire légèrement pour avoir juste l'air « ok ». Si je ne souris pas, si je laisse mon visage à lui-même, je passe vite pour contrariée. C'est quelque chose que je m'efforce souvent de compenser quand je suis en société et doublement quand je suis en train de parler à quelqu'un.
C'est un truc dont je dois de prendre soin, par égard pour mon entourage. Ca revient un peu à porter un corset: ce n'est pas très naturel, mais tout comme un corset peut compenser une scoliose, cela reste un bon « compromis » puisque soit j'ai l'air lugubre alors que je ne le suis pas du tout, soit je me force à sourire légèrement pour que mon visage s'aligne avec mon humeur.
Le sourire peut donc bien ne pas être naturel, tout en reflétant bel et bien mon état intérieur!

Le sourire, c'est compris dans le prix et c'est vendeur!
Je m’appuie là particulièrement sur mes expériences professionnelles précédentes: aide à domicile et agent d'accueil dans un château qui faisait aussi office de lieu de festival (le Château de Clermont en Genevois).
Lorsque j'étais aide à domicile, il m'était assez vite apparu qu'une aide à domicile se doit d'être un « plus » sur tous les plans dans la vie de ses « bénéficiaires » (j'étais employée par une association, on ne parlait donc en général pas de « clients »), quand bien même à son modeste niveau d'aide à domicile qui est là essentiellement pour faire le ménage et les courses. C'était la partie « relationnelle » du métier et je n'attendais donc pas de voir de quelle humeur était la personne chez qui je me rendais pour sourire ou pas. Je frappais ou sonnais à la porte et je commençais à sourire dès que la porte s'ouvrait. Pour moi, ça faisait parti du job et quand j'ai accueilli ma première « cliente-cobaye » chez moi, c'est ainsi que je l'ai accueillie, sans attendre de voir si elle allait bien ou pas.
Sourire lorsqu'on accueille quelqu'un ou lorsqu'on est accueilli, c'est un « bonjour » visuel, c'est l'équivalent d'une poignée de main chaleureuse pour quelqu'un qui n'a plus de main (comme l'un de mes bénéficiaires passés).
Quant à mon emploi d'agent d'accueil dans un château, où je passais de longues heures à faire le pied de grue devant la porte, exposée au vent, à la pluie, au froid ou au plein soleil d'été... Ce poste m'a permis de bien comprendre la valeur du sourire lorsqu'on a une activité un tant soit peu commerciale. Le lieu avait beau être entièrement financé par des fonds publics, nous ne pouvions nous permettre de faire fuir le client. Le sourire, la gentillesse, la bonne humeur nous étaient clairement demandés par nos chefs. Là encore le sourire faisait parti du job mais il était encore plus important, plus nécessaire que dans le cadre de l'aide à domicile: une aide à domicile peut se permettre de ne pas dire grand chose, de ne pas être très avenante: à partir du moment où elle fait le ménage correctement, où elle est honnête et attentive à son bénéficiaire, elle trouvera toujours du travail. On a besoin d'elle.
Par contre, si les agents d'accueil d'un château ouvert au public et lieu de festival sont aussi chaleureux que des portes de grange, ils auront beau être honnêtes, endurer le froid et la pluie sans broncher, avoir un œil de lynx et prévenir le moindre écart aux règles de sécurité..., le public qui peine déjà à faire le déplacement dans un lieu quelque peu excentré pour se cultiver risque de perdre tout à fait le goût d'entrer ou de revenir et les critiques auront vite fait le tour du département jusqu'aux oreilles du Président du Conseil Général. Bref, le sourire est indispensable au bon fonctionnement d'un commerce et à la bonne entente entre employés et employeurs.
Pour dire les choses de façon plus directes et pragmatiques, le sourire, c'est vendeur et si le naturopathe néglige cet aspect de son travail - le sourire, la chaleur de l'accueil quelque soit le client, quelque soit le degré d'hygrométrie et la force du vent (météorologiques ou autre)..., en d'autre terme s'il néglige le relationnel et le commercial, il risquera d'être freiné dans la constitution et le développement d'une clientèle déjà réputée difficile à faire.

Le sourire et la souffrance
Face à la douleur du consultant, le sourire du naturopathe se fera plus discret mais il pourra cependant rester un gage d'écoute et de bienveillance. Ainsi, dans l'émission de relooking de Cristina Cordula, lorsque l'un ou l'autre des candidats se met à pleurer, Cristina ne se met pas à pleurer avec lui, elle lui demande « Pourquoi tu pleures? », sans se départir de son grand sourire lumineux, en adaptant somme toute le reste de son attitude: elle module sa voix, elle se fait éventuellement plus tactile, plus enveloppante, plus douce...
Le sourire est loin d'être contre-indiqué face à la douleur. Le sourire peut venir comme un rayon de soleil après l'orage, ou comme un parapluie pendant l'averse. Il peut être une marque de bienveillance lorsqu'il est allié à une attitude sincèrement compatissante, bienveillante, respectueuse, à l'écoute.
Lorsque j'ai questionné ma première cliente-cobaye sur son sommeil, je l'ai vu se tourner, se mettre de profil sur sa chaise et se cacher derrière sa main comme si je venais de lui montrer quelque chose d'abominable. Visiblement, il y avait un problème de ce côté. J'aurais pu m'affliger avec elle, mais j'ai préféré opter pour l'humour et faire mine d'être toute contente d'avoir mis le doigt sur quelque chose d'important (d'ailleurs d'un point de vue purement intellectuel, « naturopathique », j'étais vraiment contente d'avoir trouvé un « indice » utile à mon anamnèse). L'humour permet de dédramatiser une situation, d'alléger l'atmosphère, sans empêcher pour autant de faire face au problème, de s'en saisir à bras le corps.
Et cette première cliente a semble-t-il beaucoup apprécié notre entretien, vu qu'elle m'a recommandée à l'une de ses connaissances!
Quant aux douleur et aux soucis du thérapeute, ils sont à exclure du « cadre » durant le temps de l'entretien. Le sourire pourra alors être à pratiquer (ou à tenter de pratiquer!) en exercice de détachement, de concentration sur le moment présent : j'ai la chance d'être en train de faire quelque chose qui me plaît, que j'ai choisi, qui me motive..., alors je me concentre sur cela, cette activité qui me plaît, que je pratique ici et maintenant, mes soucis sortent ou s'éloignent de mon champs de conscience et il m'est alors légitime de sourire même si le reste de ma vie est temporairement douloureux, ce ne sera pas incohérent: quelqu'un est venu me voir et me permet de faire ce que j'aime faire: « Chouette! », mon sourire ne sera donc pas « faux ». Un premier sourire pourra même faire office de premier effort qui amorce la pompe de la bonne humeur: un sourire, une touche d'autodérision pourra mettre notre interlocuteur plus à l'aise et lui inspirer une attitude similaire qui entretiendra notre propre effort de « positive attitude ».
Lorsque je suis moi-même d'humeur maussade alors que je me dois d'assurer une consultation, ou bien tout simplement lorsque je suis stressé à l'idée de donner une consultation par Skype (ce fut le cas pour ma 3ème consultation-test) alors que le fonctionnement de la webcam et les risques d'aléas techniques me font soucis... Eh bien, je donnerai la parole à Mary Poppins:
« ... Et chaque tâche peut devenir
Selon l'humeur un plaisir
Tous les soupirs ne valent pas mieux qu'un sourire
C'est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler
La médecine à couler, médecine à couler
Juste un morceau de sucre qui aide la médecine à couler
Ça vous rend la vie plus belle ! »

Source: http://youtu.be/5mY-sZs6Y-AOui, je viens de citer Mary Poppins dans un travail de psycho. C'est que je m'efforce de coller à mon thème! Et cela me permet de faire le lien avec la partie suivante...

Sourire, critique et motivation: le morceau de sucre qui aide la médecine à couler!
"Cette tenue, ça fait vulgaire, ma chérie!"!
Comment Crisitina Cordula fait-elle passer ce genre de critique pour le moins abrupte? Avec le sourire, encore et toujours.
Et lorsqu'une candidate se laisse aller à des goûts vestimentaires qui datent trop, qui ne la mettent pas en valeur..., l'une des répliques fétiche de Cristina, c'est: « Allez! Faut secouer le coco! » (le cocotier!), encore et toujours avec un grand sourire enthousiaste.
La bienveillance n'est en effet pas synonyme de plate gentillesse, et on ne peut améliorer une situation sans mettre le doigt, d'une façon ou d'une autre, sur ce qui cloche. On peut opter tantôt pour la diplomatie, tantôt pour la critique frontale... Mais à un moment ou à un autre, il va bien falloir s'y coller.
La coach en relooking comme le naturopathe, chacun à leur niveau, sont là pour confronter une problématique et amener à une transformation, une révélation de l'être. Nous ne sommes pas là pour formater des gens, pour leur faire suivre des lignes, des modèles mais pour leur permettre de s'épanouir et le processus d'individuation – pour faire genre « J'ai lu C. G. Jung », porte en lui, fatalement, du pétillement, toute l'effervescence du printemps et des bulles de champagne sur la langue. En tout cas, personnellement, j'aime voir – et vivre, ce cheminement comme la transformation du « je » par le jeu.
Une critique constructive, une critique pertinente sera de toute façon toujours plus ou moins impertinente et percutante, donc tant qu'à faire, la présenter enrobée d'un sourire et d'encouragements rock'n roll, ma foi, si cela vient comme ça, dans le respect de l'énergie du moment, de soi et de notre interlocuteur... Cela pourra bien être « le morceau de sucre qui aide la médecine à couler »!

Conclusion:
La joie et la bonne humeur se cultivent et c'est un jardinage auquel le naturopathe s'adonne, pour faire de la naturopathie non seulement un art de vivre mais un art de la joie de vivre!





1La « sensibilité au gluten non-coeliaque » est une pathologie pouvant toucher les intestins autant que le système nerveux (voir même d'avantage), et ainsi l'humeur et le comportement. Exemple d'une publication scientifique sur le sujet : Gluten sensitivity presenting as a neuropsychiatric disorder, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3944951/
Article en français, signé Julien Venesson : Le gluten du blé moderne rend dépressif, http://www.thierrysouccar.com/blog/le-gluten-du-ble-moderne-rend-depressif
2« exemple d’aspergirl : le personnage d’Hermione dans la saga Harry Potter, comme probablement son auteur, J.K. Rowling » - Extrait d'une conférence donnée par Tony Attwood, psychologue spécialiste de l'autisme, auteur du livre « Le syndrome d'Asperger guide complet». Source: http://les-tribulations-dune-aspergirl.com/2014/05/18/compte-rendu-du-seminaire-de-tony-attwood-palais-des-congres-de-perpignan-14-mai-2014/ 
3Depuis ma découverte de l'autisme et du syndrome d'Asperger, j'ai suivi tout un parcours « diagnostic » qui est allé du bilan psychométrique chez une neuropsychologue (Mme Reille à Chambéry), jusqu'à la consultation d'un psychiatre spécialiste du sujet à Aix En Provence (le Dr Gepner), pour obtenir ce qui s'approche le plus possible d'un diagnostic « officiel » de syndrome d'Asperger, avec un certificat médical en bonne et due forme rempli pour la demande de RQTH au près de la MDPH... Dossier en cours de traitement depuis septembre dernier.   

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